Le complexe du papillon d’Annelise Heurtier

Quatrième de couverture

J’ai ôté mes vêtements sans cesser de fixer le miroir et les larmes me sont montées aux yeux.
Comment un garçon tel que Jim se laisserait séduire par si peu de grâce, de personnalité ?
Louison a tort. Aucune robe ne réussira jamais à donner l’illusion que je suis devenue papillon.
Tout simplement parce que je ne suis pas un papillon.
Je suis une chenille flanquée de deux énormes cuisses.
Tout doucement, sans s’en rendre compte, Mathilde va tenter de devenir papillon, quitte à se mettre en danger…

Mon avis

Le complexe du papillon est un roman très touchant que je vous conseille vivement de lire car il traite d’un sujet bien actuel qui peut rapidement devenir un fléau si on n’y prête pas attention : l’anorexie, qui est ici en grande partie liée au culte de la minceur.

Mathilde est une jeune fille sportive, très loin de l’univers de la mode, des mannequins jusqu’au jour où son amie Louison lui fait un peu sa culture et lui montre quelques images de mannequin, notamment Cara Delevingne. S’ouvre alors à Mathilde tout un univers lié à la beauté et à ce qu’elle doit être. L’adolescente va alors s’imaginer qu’elle est difforme, trop grosse, notamment au niveau de ses cuisses car elles n’ont pas le fameux thigh gap (un écart entre les cuisses qui est apparemment LE diktat de la beauté aujourd’hui). Mathilde va ainsi se lancer dans un régime pour maigrir, pour que la chenille devienne enfin papillon quitte à mettre sa vie en danger.

Les mots d’Annelise Heurtier nous touchent en plein cœur. J’avoue avoir été émue plus d’une fois en lisant ce livre tant on ressent parfaitement le mal être de Mathilde lorsqu’elle se rend compte de son corps est « difforme » parce qu’elle n’a pas ce thigh gap. Alors que cela n’a pas lieu d’être car elle n’est pas grosse, loin de là. Sans compter le fait qu’elle n’a que 14 ans, son corps va encore changer et avec l’athlétisme qu’elle pratique, elle ne peut pas être en surpoids. Au début du récit, Mathilde n’a aucun problème avec son corps ce n’est qu’à mesure qu’elle va commencer à y voir des défauts, à se dire qu’elle est trop grosse pour plaire et qu’elle va vouloir maigrir.

Le roman est assez court, moins de 200 pages mais c’est suffisant pour voir l’engrenage se mettre en marche et voir la descente aux enfers progressives de Mathilde dans ce « régime » alors qu’il ne lui est pas nécessaire. Mais l’image qu’elle renvoie ou du moins qu’elle s’imagine renvoyer la dégoutte et elle est certaine qu’elle ne pourra jamais plaire à Jim. C’est un roman émouvant qui renvoie à une réalité, la période de l’adolescence est déjà difficile mais c’est aussi à ce moment-là que les corps changent, que l’on se juge sur l’apparence, de plus en plus et les critiques ne se font pas attendre. Mais quand ces adolescences imaginent que tout ce qu’elle voit à la TV, dans les magazines est l’idéal alors que les photos sont retouchées sur Photoshop pour agrandir et amincir ce qui arrange, on est au cœur d’une problématique qui existe depuis des années et des années.

Récemment la dessinatrice Diglee a fait un article sur son blog à propos d’une proposition de dessin pour une couverture avec une jeune fille plantureuse et sexy (les termes pour la description du personnage) mais qui était jugée trop grosse par l’éditeur pour figurer sur ladite couverture. On en est là, quand on est trop mince ça ne va pas et lorsqu’on a trop de formes, c’est aussi problématique. Il faut trouver un juste milieu et voir en fonction de sa taille, etc. Etre trop mince peut être dangereux, comme les mannequins qui sont souvent trop maigres mais ça tend à changer dans le milieu de la mode pour éviter les problèmes d’anorexie. Après il y a des personnes qui sont fines naturellement sans se priver, il ne faut pas confondre.

La société impose un idéal pour le corps féminin (mais il y a des cas d’anorexie masculine aussi) et si on ne rentre pas dans le moule cela devient un problème. Et des femmes, notamment des jeunes filles sont prêtes à se mettre en danger pour ressembler aux mannequins, celles qu’on considère comme la femme parfaite. C’est cela que veut montrer Le complexe du papillon, qui est un roman qui s’adresse notamment aux adolescentes car c’est la période, selon moi, où l’on commence à faire attention à son image.

J’avoue avoir eu également une pensée pour Uglies de Scott Westerfeld en lisant ce livre qui est une société futuriste dans laquelle les gens à leur 16 ans doivent se faire opérer pour enfin devenir beau (Pretty) car avant cela, ils sont imparfaits aux yeux de la société, ils sont moches (Ugly) et se considèrent comme tel. Et le regard de Tally, l’héroïne lorsqu’elle voit des images de notre société actuelle, elle les considère comme moche, comme quoi, tout est une question de point de vue et de « normes » qui évoluent au fil du temps. Il n’y a qu’à regarder les peintures de la Renaissance, les femmes ont des bourrelets et de la cellulite et ça ne dérangeait personne à l’époque.

En bref, Le complexe du papillon est un roman que j’ai beaucoup aimé, il est dur par certains aspects mais permet aussi de faire prendre conscience qu’il ne faut pas jouer avec sa santé et sa vie pour atteindre un idéal qui n’existe pas. Malgré les régimes on ne peut pas toujours avoir le « corps parfait » si tant est qu’il en existe un car nous sommes tous différents. Un livre à mettre entre toutes les mains, à lire sans modération.

Commentaires

  1. Ta chronique est superbe et je te remercie d'avoir aussi bien parlé d'un sujet comme l'anorexie. Une personne de mon entourage proche souffre de cette maladie depuis plusieurs années et donc je connais assez bien l'anorexie, ayant en plus beaucoup souffert de mon apparence physique tout au long de mon adolescence (qui n'est pas terminée d'ailleurs). Je crois qu'un livre comme celui-là devrait être mis dans toutes les mains des adolescents car notre société nous met en tête des idéaux qu'on ne pourra jamais égalé puisque chaque être est unique. Je suis ravie que ce livre t'ai touché et je me laisserai certainement tentée car c'est un sujet qui me touche moi aussi beaucoup... Je t'embrasse !
    Alice alias Plume de Chat.

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    Réponses
    1. Contente que ma chronique t'ait plu :)
      ce n'est jamais évident, surtout à l'adolescence quand on souffre de son apparence physique, quand on est mal dans sa peau, quelle qu'en soit la raison.
      Je pense aussi qu'un tel livre devrait être entre toutes les mains pour montrer que ça ne sert à rien et que ce n'est pas forcément aux gens de changer en premier lieu mais le regard des autres et de la société mais ça, c'est un combat difficile...
      Le livre ne pouvait que me toucher, pour différentes raisons :)

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  2. Il m'a l'air très beau, j'en prends note !

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