À vivre avec d’Alice Posière

Quatrième de couverture

« Tout n’était qu’illusion. Un masque que Victoire attachait sur son visage au début de la journée pour se convaincre qu’elle était capable de mettre un pied devant l’autre. Mais au fond, lorsque la nuit arrivait, il se fracassait en mille morceaux. »

Victoire n’a pas dit un mot depuis le décès de son meilleur ami ;
Oscar ne cesse de parler pour fuir l’anxiété ;
Isaac tente de combler le vide laissé par sa mère.
À eux trois, ils forment un trio improbable de jeunes adultes brisés par la vie.
Et si c’était pourtant ensemble qu’ils trouvaient la force d’avancer ?

Mon avis

Après avoir lu Une maison de feu, je me suis lancé dans À vivre avec qui, je le savais, ne me ferai pas long feu. J’avais envie d’une lecture rapide en cette fin de semaine, même si je savais que ça ne serait pas une lecture simple par le thème abordé. Il est question de santé mentale, on peut surtout dire que ça parle de souffrance et qu’il faut parfois vivre avec, tout en essayant d’avancer. La tâche n’est pas toujours aisée. Ce n’était pas ce à quoi je m’attendait, ça ne m’a pas totalement satisfaite car j’ai certains reproches à faire au livre, néanmoins, il reste intéressant et j’ai quand même passé un bon moment.

Je ne ferai pas de résumé de l’histoire, la 4e de couverture étant suffisamment explicite pour savoir de quoi il s’agit, il faut juste savoir que ces éléments-là vont mettre du temps à être dévoilé dans le texte. Donc si vous vous attendez à savoir ça rapidement… vous allez déchanter et devoir attendre un bon moment. Et c’est peut-être là, l’un des problèmes de cette histoire pour moi. Je reconnais que c’est une lecture intéressante, avec un sujet qui n’est pas des plus faciles mais qui a le mérite d’exister et en soi ce n’est pas si mal, juste quelques éléments qui auraient mérité un meilleur traitement. Mais j’y reviendrai un peu plus tard.

Parlons d’abord des aspects que j’ai apprécié avant de pointer ce qui m’a un peu dérangé et qui explique pourquoi je suis loin du coup de cœur. J’ai beaucoup aimé l’écriture de l’autrice qui est très agréable à lire et fluide de sorte que l’on rentre assez facilement dans l’histoire. Si elle venait à écrire autre chose, je m’y pencherai volontiers car j’ai beaucoup aimé sa plume et la manière dont elle raconte. Il y a un vrai travail, on entend parfaitement la voix de ses personnages, de ces différents narrateurs. Si c’est écrit à la 3e personne, la narration change en cours de route dès lors qu’on se concentre sur un des personnages du trio présenté.

L’histoire débute avec Victoire et elle reste l’élément central du livre, et le narration qui nous décrit toutes les actions de cette dernière est-celle d’un proche perdu de Victoire. Il est la raison pour laquelle la jeune fille est devenue mutique. Suite à cette perte, cela va lui créer un traumatisme qui dure depuis 3 ans. On va mettre du temps avant de comprendre qui est ce narrateur pour Victoire, la relation qu’elle entretenait avec lui (même si dans la 4e de couverture, c’est spoilé) et ce qui a bien pu se passer pour la rendre mutique.

Sans pour autant apporter une solution pour surmonter ses souffrances, l’autrice aborde ici le fait qu’il est possible de trouver un chemin pour avancer et pour aller mieux. Parfois en parlant avec d’autres, parfois en côtoyant juste les bonnes personnes. Cela se fait petit à petit, à son rythme mais il est possible d’avancer malgré tout et de vivre avec. Là est la base de cette histoire et c’est un parti pris intéressant, ça change de ce qu’on peut trouver en littérature pour adolescent où généralement il y a une « solution miracle » qui est apportée. Dans la reconstruction, etc. cela passe souvent par un tiers (et souvent avec une romance…), ce n’est pas le cas, ici on n’est pas du tout dans cette optique-là, donc ça change.

En dehors de Victoire et des problèmes qu’elle rencontre, on va également avoir les points de vue d’Oscar et Isaac, mais bien moins souvent, et bien plus tard dans le récit. Comme je l’ai dit, on va rester surtout focalisé sur Victoire dans les ¾ du livre. À ce niveau-là, je peux déjà dire que c’est dommage qu’on n’ait pas eu le point de vue des deux autres garçons bien plus tôt, avec une alternance entre les trois. Cela nous aurait permis d’apprendre à mieux les connaître et les appréhender, d’être plus proches d’eux et de voir qu’il y a aussi un problème avec eux.

Eux aussi souffrent, d’une autre manière, pour d’autres raisons, mais c’est tellement diffus qu’on ne le voit pas tout de suite. En lisant la 4e de couverture, on en sait beaucoup plus que ce que nous livre l’histoire, car c’est vraiment dans le dernier tiers qu’on comprend que les deux garçons aussi cachent une grande blessure qui pèse sur leurs épaules. Donc je trouve que ça fausse un peu l’histoire car on s’attend à le découvrir beaucoup plus tôt et de justement les voir vivre avec cette peine, et comment ils peuvent s’en sortir eux aussi.

Alors peut-être est-ce fait exprès, nous permettant d’être au plus près d’elle, comme si on les découvrait en même temps qu’elle. Mais je trouve que l’emploi d’une narration extérieure (3e personne) n’était pas la plus judicieuse, il aurait fallu une première personne pour moi, pour être justement focalisée sur elle et son ressenti, et qu’on découvre les garçons de son point de vue à elle. Ce qui aurait permis justement « d’exclure » la vie de ces deux garçons car elle ne s’en soucierait pas de prime abord. Ça me semblerait bien plus logique car là, leur point de vue vont arriver sur le tard, très peu de fois et finalement, on ne sait pas grand-chose d’eux.

J’ai eu la sensation d’être dans l’attente, en permanence, comme je le disais, on ne sait pas ce qui arrivent aux garçons, on sait tardivement qui Victoire a perdu tant les éléments peinaient à arriver pour comprendre. Pourtant, on sent que l’autrice connaît parfaitement ses personnages, qu’elle a une vision très claire d’eux, de leur caractère et ressenti, mais ils n’ont pas été assez approfondis pour qu’on les connaisse autant qu’elle. Et c’est dommage parce qu’il y a un vrai potentiel, un vrai vécu, et il était tout aussi important de les traiter que Victoire. Elle a une grande place sur son mal être, etc. mais eux, passent un peu à la trappe.

Et de manière générale, ce manque de profondeur et de pousser l’idée jusqu’au bout est ce que je peux reprocher à ce livre. Il y a de très bonnes idées mais ça ne va pas assez loin et ça donne la sensation qu’il n’y a pas réellement d’intrigue, on ne voit pas de grande évolution entre le début et la fin, même s’il y a du changement, ça reste infime, toutes les petites victoires sont bonnes à prendre, mais j’en attendais plus. On suit les personnages, à un instant T, un moment de leur vie où ça ne va pas et on en reste là, il faut vivre avec.

Le titre du livre est bien trouvé, certes, c’est intéressant comme parti pris, mais j’avoue que j’aurai aimé avoir un peu plus d’espoir pour l’avenir, que ça aille un peu mieux. Je m’attendais à une fin un peu différente, ou du moins avoir un vrai enjeu. Victoire et Isaac doivent faire un exposé et au final, on n’en parle quasi jamais, il n’y a pas d’éléments pour essayer de les rapprocher, etc. Chacun reste un peu dans son coin.

Leur amitié semble cousue de fil blanc alors que ce n’est pas le cas. On ne voit pas assez d’interaction dans le trio pour expliquer leur amitié. Leur souffrance aurait pu justement les rassembler, mais chacun ignore ce que l’autre ressent, même si avec Victoire, les deux garçons se doutent bien qu’elle a un gros problème. Ça va trop vite, on n’a pas le temps de les voir se rapprocher, qu’ils sont là en permanence pour elle alors qu’elle ne leur adresse pas la parole et ne passe presque pas par les SMS pour discuter. Il m’a manqué quelque chose à ce niveau-là aussi.

Ce sont des détails par-ci par-là, mais ça aurait pu faire un excellent livre si on avait eu davantage de moments entre eux, plus de moments où ils se dévoilent les uns les autres, etc. Ce qui leur aurait permis d’avancer et d’évoluer et d’avoir un roman bien plus poignant car certaines scènes vraiment tragiques m’ont plutôt laissé indifférente le moment venu car ça a tant tarder à venir que ça n’avait plus de sens de nous faire découvrir ça, puisqu’on a pu deviner ce qu’il en était.

En bref, À vivre avec est un roman intéressant par bien des aspects et je ne regrette pas ma lecture, mais il est loin d’être parfait à mes yeux tant d’éléments m’ont manqué. De manière générale, l’histoire manquait de profondeur, ça allait un peu trop vite sur certains détails, comme la relation entre les trois personnages. Ils auraient mérité un traitement plus approfondi pour qu’ils aient plus de consistance et d’importance. La place a été prise par Victoire mais Isaac et Oscar sont passés à la trappe alors qu’ils étaient eux aussi importants car ils partagent eux aussi une souffrance. Il n’y a pas de réelle intrigue à mes yeux, pas d’enjeux réels, on suit juste des personnages à un instant T de leur histoire, un moment où ils vont mal mais tâchent d’avancer chaque jour et de vivre avec cette douleur. Alors en soi, c’est intéressant mais j’aurai aimé en avoir plus, voir davantage d’évolution chez les personnages entre le début et la fin. Et c’est dommage parce qu’en soi, l’idée est très bonne mais pas suffisamment exploitée à mon goût pour en faire un roman aussi poignant qu’il aurait pu être. Néanmoins, cela reste une lecture qui vaut le coup d’être lue car ça change de ce qu’on peut trouver en littérature adolescente avec un sujet qui n’est pas des plus évidents.

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