Des albums jeunesses pas comme les autres

Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire un article particulier. Comme je n’ai pas de chroniques sous la main et que le blog est au ralenti depuis quelques temps, j’avais envie de parler livres mais d’une autre manière qu’à travers des avis. On reste dans le milieu livresque, après tout, cela reste un blog de lecture et peut-être que cela attisera votre curiosité sur les titres que je vais vous présenter. 

Je vais donc vous parler de quelques albums jeunesses qui ont pu m’interpeler dans mon boulot en tant que libraire jeunesse. Il faut savoir qu’ils sont tous à destination des enfants entre 3 et 5 ans. L’âge est important et il faut en prendre compte. 

Je veux parler de ces livres horribles qui pourraient les traumatiser. En tout cas, moi quand je les ai lus, j’ai été traumatisée. Enfin, le terme est un peu fort mais j’ai quand même été un peu horrifiée et je me suis demandé qui oserait lire de telles histoires à des enfants, sans avoir une pensée machiavélique et la volonté de les traumatiser délibérément. Un peu comme si on voulait faire lire certains contes (qui je le rappelle à la base ne sont pas du tout pour des enfants, et encore moins à destination des petits).

Je vais donc vous présenter aujourd’hui 4 albums qui restent en mémoire et qui sont quelque peu horribles. J’aimerai en débattre avec vous par la suite, voir ce que vous en pensez de ces types d’albums.

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Le premier album qui m’a interpelé est Poussin noir de Rascal (L’école des loisirs). Je l’ai lu lorsque j’étais en apprentissage (en librairie), c’était la responsable du rayon « petite enfance » qui m’avait conseillé de le lire. Je ne sais plus comment on en est venu, mais elle me l’avait donné pour lecture. Lui faisant confiance, je m’étais lancée, et là… comme vous vous en doutez, c’est le drame ! Je ne m’attendais pas du tout à cela, une fin des plus horribles ! De quoi traumatiser les enfants. Comment on peut écrire une telle histoire ? J’étais choquée.

Quatrième de couverture : Cent œufs ont éclos dans la couveuse du fermier Vitellus. 99 poussins sont nés jaune. Le dernier est tout noir. Madame Vitellus devient Maman Poule et Monsieur Vitellus devient Papa Coq. Poussin Noir, qui ne reconnaît pas ces parents-là, décide de partir à la recherche de sa vraie famille...

Attention spoiler !!

Bien obligée de spoiler la fin de l’histoire pour que vous puissiez comprendre le pourquoi du comment. Alors poussin noir part donc à la recherche de ses vrais parents, lui est qui si différent ne peut pas être l’enfant de Madame et Monsieur Vitellus. Il va croiser différents animaux mais aucun n’est ses parents, jusqu’à ce qu’on voie à la toute fin des Loups qui lui assurent être ses parents, après tout, ils sont noirs comme lui. Quand Poussin noir va pour les rejoindre, les loups sont à table, couverts en main, près à l’attendre pour le dévorer. Comme l’a si bien dit mes collègues, la différente tue. Il n’y a pas à dire, c’est horrible pour ce pauvre petit poussin noir. 

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Le suivant, La promesse de Jeanne Willis (Gallimard, Coll. L’heure des histoires) m’a été conseillé par une de mes collègues actuelles. Je ne sais plus comment le sujet est venu à parler de ce titre, mais elle nous l’a fait lire à une ancienne collègue et à moi-même. Et là, c’est le drame, une fois de plus. C’est affreux de lire de tels livres à des enfants, autant déprimer tout de suite. Certes, la vie est dure mais ce n’est peut-être pas la peine de faire souffrir de jeunes enfants, ils le sauront bien assez tôt par expérience dans leur vie.

Quatrième de couverture : Là où le saule rencontre l’eau, un têtard rencontra une chenille. Ils se regardèrent dans les yeux et tombèrent amoureux. « J’aime tout chez toi, déclara la chenille. Promets-moi de ne jamais changer. » Sans réfléchir, le têtard promit… Tout le monde sait bien que les têtards ne gardent pas leur forme première, pas plus que les chenilles d’ailleurs. Qu’adviendra-t-il alors de leur amour ?

Attention spoiler !!

Dans cette histoire nous suivons donc l’histoire d’amour entre un têtard et une chenille, évidemment, la chenille va changer et finir par devenir un papillon, et devinez quoi ? les grenouilles mangent des insectes, comme les papillons. Chaque jour ils se promettent de toujours s’aimer, de ne jamais changer jusqu’au jour où la chenille devient donc papillon et lorsqu’elle revient vers la grenouille, elle finit par se faire manger par elle. C’est la vie !

Je vous jure que cet album se termine par cette phrase : « C’est la vie » ! Du genre, pas de bol, la vie c’est moche, tu auras des déconvenues, des crasses mais c’est comme ça. La leçon est plutôt dure je trouve. C’est une histoire vraiment affreuse et pourtant, c’est un classique. J’avoue que jamais je ne donnerai cette histoire à lire à mes neveux (ni à mes enfants si j’en ai un jour).

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Ours qui lit d’Éric Pintus et Martine Bourre (Didier jeunesse) est un autre album assez particulier. Une de mes collègues qui faisaient un peu de ménage dans le rayon me demande si je l’ai lu. Comme ce n’était pas le cas, elle me le donne, et là c’est le drame. Je dois dire que c’est particulier, mais la fin est excellente et fait bien sourire. La chute est très bien trouvée. Mais cela n’empêche pas le fait que c’est une histoire affreuse dans le principe.

Quatrième de couverture : Un ours qui lit, c’est rare ! Alors forcément, ça intrigue les autres animaux. Ours, tu lis ? Tu lis quoi ? – Je lis la liste des animaux que je dois manger aujourd’hui. Et tous de demander s’ils y sont, sur cette liste… Et oui ! Cet album, sous couvert du rire et de la farce, nous dit la force du langage. Un incontournable !

Attention spoiler !!

Un ours est en train de lire un livre, mais tour à tour les animaux de la forêt le dérangent pour savoir ce qu’il lit. Le pauvre ne peut pas être tranquille, il leur dit donc que c’est la liste des animaux qu’il doit manger aujourd’hui. Chacun des animaux lui demande s’ils sont dessus, la réponse est oui. Donc ils vont dire au revoir à femme et enfants et se font manger par l’ours. Oui, c’est même écrit « Il le bouffe » ! C’est violent ! Beaucoup d’animaux vont y passer et c’est à chaque fois la même rengaine, l’ours les bouffe ! Jusqu’à ce qu’à la fin, ce soit le tour d’un lapin qui est lui aussi sur la liste. Mais le lapin lui est intelligent et demande s’il peut être rayé de la liste, ce que l’ours accepte. Le lapin repart donc tranquillement chez lui et l’ours est enfin tranquille pour lire son livre. Comme quoi, la communication et la négociation peuvent être un bon moyen pour s’en sortir vivant.

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Enfin, La vengeance de Germaine d'Emmanuelle Eeckhout (L’école des loisirs) est un livre assez étonnant pour des enfants. La fin, qui tient lieu de morale est totalement immoral.

Quatrième de couverture : À la ferme, presque tous les animaux s’entendaient bien. Seules Germaine et Lulu se disputaient souvent. Personne ne parvenait à les réconcilier. Lulu était une belle poule, dodue et coquette. Germaine était moche et toujours de mauvaise humeur. Et les choses ne s’arrangèrent pas avec le temps...

Attention spoiler !!

On suit donc deux types de poules l’une est parfaite et belle, Lulu, et l’autre est moche et mauvaise Germaine, qui va trouver un moyen radical de se débarrasser de sa rivale, c’est de la faire manger, jusqu’à ce qu’elle devienne grosse et grasse et qu’elle va donner en pâture pour se faire manger parce que justement elle est bien grasse et sera donc très bonne. Et voilà, Germaine a eu sa vengeance, Lulu est passé à la casserole. J’avoue que je n’aurai pas l’idée de lire de telles histoires à des petits. L’humour noir oui ça ne me dérange pas, mais pas à cet âge-là. Je doute que des enfants si jeunes aient suffisamment de recul pour comprendre tout ça et ne pas le prendre pour argent comptant. Ça risque de les traumatiser non ? Mais peut-être que je me trompe.

Qu'en pensez-vous ?

Commentaires

  1. Je ne connais que Poussin noir et Ours qui lit.
    J'aime bien Ours qui lit. J'aime surtout les illustrations mais aussi le texte rythmé. Mais comme toi, je suis gênée par le "et il le bouffe" et aussi par l'idée de ces animaux qui reviennent se faire manger. Du coup, je ne la lis presque jamais. Mais les enfants semblent apprécier.

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    1. Ours qui lit est assez chouette, notamment pour sa fin mais j'avoue que durant la lecture, c'est assez dur et ce mot "bouffe" est vraiment lourd de sens, du coup pour des jeunes enfants, je me demande comment ils peuvent le prendre.

      les illustrations de Ours qui lit sont assez chouettes et le côté répétitif crée une musicalité intéressante, la répétition plaît beaucoup aux enfants.

      et oui, qu'ils se résignent à ce sort, alors que le lapin intelligent lui, demande de barrer son nom, moi perso, je ne serai jamais revenue mdr

      la promesse est vraiment affreux

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  2. Merci pour cet article très intéressant sur un sujet pas souvent abordé. J'avoue avoir été moi-même plus ou moins choquée par des albums jeunesses à plusieurs reprises, parfois alors que je les lisais à mon fils (qui est alors lui-même choqué ou non, finalement les enfants ne perçoivent pas forcément les choses comme les adultes), parfois en les lisant juste pour moi. Ca n'arrive pas souvent, mais quand ça arrive, ça marque!

    Le pire du pire que j'ai lu est dans ta liste, je n'arrive toujours pas à comprendre qu'un album comme ça existe, il m'a sérieusement traumatisé et je suis très contente de l'avoir lu seule et pas à mon fils (qui avait alors trois ans à l'époque et qui jouait pendant que je feuilletais un peu les albums de la bibli) ^^. Il s'agit de "La Promesse", de Jeanne Willis et Tony Ross. Après l'avoir lu je me souviens être resté assise par terre à répéter "c'est horrible" en boucle, pas sûr de bien réaliser ce que je venais de lire, puis l'avoir mis sous le nez de la bibliothécaire qui avait ce livre en essayant de comprendre comment elle avait pu l'acheter, puis j'en ai parlé le soir à mon mari, puis à ma mère, et à peu près à n'importe qui avec des oreilles parce qu'il fallait que j'en parle, traumatisée pendant des jours par cette histoire (que dis-je... des années!). Je veux dire, la grenouille, elle BOUFFE le papillon à la fin. Elle BOUFFE l'Amour de sa vie!!! Ca me rassure de voir que je ne suis pas la seule que l'album ait choquée en tout cas ^^

    Un autre livre dont la fin m'a marquée est un autre album de Jeanne Willis et Tony Ross (décidément, ils ont un thème ces deux là ^^ pourtant ils ont écrit d'autres albums en duo que j'aime beaucoup et qui finissent très bien), "Chicken clicking", je ne sais pas s'il a été traduit, mais en gros c'est l'histoire d'une poussine qui découvre internet, qui devient accro, qui dépense plein d'argent en trucs inutiles et qui finit par faire une rencontre en ligne d'un poulet ou je ne sais plus exactement quoi, qui est trop sympa. Mais quand elle va le rencontrer, c'est en fait un loup, et il la bouffe. Poussine est morte. The end. J'ai tourné la page, espérant vaguement qu'elle allait sortir de l'estomac du loup ou que sais-je mais non ça s'arrête là. Moralité, arrêtez de trainer sur internet, ou un truc comme ça?

    En dehors de ça, j'aime beaucoup Tony Ross, d'ailleurs j'ai écrit un petit article sur lui et ses livres sur mon blog https://lauredorsemaine.wordpress.com/2017/08/22/i-want-tony-ross/ avec un petit avertissement sur ces deux albums ^^

    N'empêche que pour "La Promesse", je ne comprend toujours pas qui voudrait lire ça à son enfant ?? A la limite le livre de la Poussine pour leur faire peur d'internet, j'imagine? Mais lui, vraiment, je vois pas...

    Les autres albums de ta sélection ont l'air aussi assez terribles, je suis contente de ne jamais être tombée dessus ;)

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    1. La promesse c'est une de mes chefs qui m'en a parlé, parce qu'il y a des années, on lui demandait souvent ce livre au boulot, et il y a même eu des prescriptions scolaires dessus, c'était un classique. Poussée par la curiosité elle l'a lu mais en a été choquée aussi.
      et elle me l'a fait découvrir et récemment on l'a fait lire à une nouvelle collègue, elle en a pleuré lol

      Je ne comprends pas comment une telle histoire peut être à destination de tout petit, il n'y a pas de morale ou de sens cacher à mon sens... c'est affreux de balancer ça en pleine tronche du genre : en grandissant, vous verrez, la vie c'est moche, vous allez vous en prendre plein la tronche, super...

      pour le livre de Poussine, limite ça peut faire prendre conscience des dangers d'internet, qu'il y a parfois un "loup" qui peut se cacher derrière et qu'il faut se méfier (un peu comme l'histoire du Petit chaperon rouge version Perrault qui met en garde contre ceux qui peuvent paraître gentil au premier abord et qui pourrait en vrai cacher un loup). Donc on peut trouver une explication, un truc derrière (même si je doute qu'un enfant de 4 ans le perçoive)

      Pour la promesse, je comprends pas...

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