Une pour toutes de Jean-Laurent Del Socorro

Quatrième de couverture

« Si j’ai appris quelque chose en arpentant cette terre, Julie, c’est qu’il n’y a qu’une seule époque, et qu’elle s’appelle aujourd’hui. »

Julie Maupin ! Le nom de cette bretteuse émérite circule à la cour du Roi-Soleil et dans toutes les salles d’escrime de Paris. Une femme ? Oui, une femme ! Il paraît qu’elle a appris à enchaîner les bottes et les parades à la Petite Écurie de Versailles. On raconte que la demoiselle s’habille parfois en homme, et qu’elle collection les amants et les maîtresses. Son goût pour les duels lui aurait valu quelques ennuis. Traquée par les agents de police du lieutenant général La Reylie, l’aventurière se serait réfugiée à Marseille, où elle aurait commencé une carrière de chanteuse lyrique. Mais on dit tant de choses… Pour une fois, tout est vrai !
Franche de cœur, escrimeuse et femme de tête, Julie a le destin d’une libre comète.

Mon avis

Après avoir lu Chevalier et parieur, je me suis lancé dans Une pour toutes, je voulais rester dans de l’historique même si je change complètement de tranche d’âge et aussi de genre car il ne s’agit pas d’une romance. Me voilà donc avec le nouveau roman de Jean-Laurent Des Socorro que j’ai pu découvrir en adulte grâce à son roman Boudicca. J’étais assez curieuse de voir ce qu’allait donner cette histoire d’autant qu’elle est, elle aussi, tirée d’une histoire vraie, d’un vrai personnage historique et je dois dire que ça a été une belle découverte. J’ai beaucoup aimé ce roman qui est très original et instructif à bien des égards.

Je ne ferai pas de résumé de l’histoire, la 4e de couverture étant suffisamment explicite pour savoir de quoi il s’agit d’autant que les événements arrivent assez vite pour s’en rendre compte. L’écriture de l’auteur est très agréable à lire et fluide de sorte que l’on rentre en un rien de temps dans cette histoire qui est, pour le moins très originale.

Il s’agit d’une biographie sur la vie de Julie de Maupin, mais ne vous attendez pas à un documentaire et encore moins à un récit de sa vie de manière romancée, comme j’ai pu le découvrir avec Marie et Bronia par exemple. Non l’auteur a écrit ce roman de manière beaucoup plus originale car elle se présente sous forme de pièce de théâtre, en quelque sorte… pas totalement. C’est plus complexe que ça.

Si le roman s’ouvre comme une pièce de théâtre avec la présentation qui va avec (nom des personnages et le dialogue ensuite) cela reste un roman la majeure partie du livre, mais on trouve de temps à autre ce format de dialogue propre au théâtre. Ensuite, au lieu de différentes parties, le roman est composé d’actes, renforçant ce côté théâtre. Enfin, rien que dans la manière dont est présentée l’histoire, on sent qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, même si c’est bien un roman que l’on tient entre ses mains. En terme de lecture, c’est tout à fait unique en son genre, mais ça m’a bien plu.

Ce n’est pas une biographie romancée traditionnelle non plus car on y découvre dès le début le personnage de Méphisto, Satan en personne qui est là, pour tenter en permanence Julie et lui faire signer un contrat qui pourrait changer sa vie. Il s’agit du pacte de Faust, qui n’est pas sans rappeler ma lecture de La vie invisible d’Addie Larue mais on en est très loin, si ce n’est ce personnage de Satan / Méphisto qui revient sans cesse comme un fidèle ami…

Une lecture tout à fait singulière mais en dehors de cette mise en page et impression de théâtre et de la présence de Méphisto, il n’empêche que les événements relatés sont tout à fait véridique sur de nombreux points, signalés dans une note à la fin par l’auteur pour expliquer ce qui est réel. À ce moment-là, on se rend vraiment compte à quel point cette femme était en avance sur son temps (pour rappel, ça se passe à la fin du XVIIe siècle).

Julie était une femme libre, qui a vécu sa vie comme elle l’entendait. Elle s’est rapidement débarrassée de son mari (non, elle ne l’a pas tué…) pour vivre libre. Elle aura aimé de nombreuses personnes, aussi bien des hommes que des femmes et elle était prête à tout pour vivre ses amours. C’est un destin assez incroyable, elle va voyager à de nombreuses reprises, elle va avoir de nombreux problèmes avec la justice (et pas qu’un peu…). Une femme vraiment extraordinaire qui s’habillait souvent comme un homme, en tenue de bretteur (elle était une excellente escrimeuse).

Je dois dire que j’ai été fascinée par ce récit et par la vie de cette femme, surtout pour l’époque qui est mentionnée. C’est assez extraordinaire de voir qu’elle vit elle a eu. En tout cas, du fait du format du livre, avec cet aspect « pièce de théâtre » sans que ça n’en soit totalement une, on sent qu’il y a un certain rythme. L’auteur s’est centré sur des épisodes phares de sa vie et les met en scène comme un chorégraphe. C’est menée d’une main de maître, j’ai vraiment adoré ce livre qui est original en tout point (mais ça, je pense que vous l’aviez déjà compris…).

Julie est un personnage unique en son genre, vraiment très bien détaillée et j’avoue que ça me rend curieuse d’en apprendre plus sur elle et la lettre que l’auteur a mise à la fin de l’ouvrage, montre vraiment toutes les facettes de cette femme. Mais il est vrai que l’histoire n’aurait pas la même saveur sans le personnage de Méphisto qui ajoute un grain de folie à cette histoire. Il est le pilier dans ce récit, le point constant dans la vie de Julie, même si en réalité, ça n’est pas le cas, mais ici, ça ajoute un vrai plus, de l’avoir en permanence à ses côtés et qui nous dévoile aussi une autre facette de sa personnalité… Il n’apparaît pas comme si effrayant que ça quand on le voit agir vis-à-vis d’elle.

En bref, Une pour toutes est un roman que j’ai pris plaisir à découvrir. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avant de le commencer et j’ai été totalement emportée par cette histoire hors du commun. C’est un roman original en tout point, aussi bien dans le fond que la forme parce que la vie de Julie est extraordinaire en soi. Mais la manière dont Jean-Laurent Del Socorro l’a mis en scène, telle une pièce de théâtre, ajoute un vrai plus à ce récit rocambolesque que je vous invite vivement à découvrir si ce n’est pas déjà fait !

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